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Source

Fiche de Manon Cheminat (IUFM de Paris, SES) sur La notion de culture dans les sciences sociales de Denys CUCHE. Repères, La Découverte, 2001. http://sceco.paris.iufm.fr/pagepdf/culture.pdf (PDF textuel)

Note

Les thèmes traités dans cette fiche se recoupent en grande partie avec ceux de:
"Sciences de l'homme et naissance de la culture anthropologique" - Ch. 1 de: Vinsonneau, Geneviève (2002). L'identité culturelle. Paris, France: Armand Collin, lecture pour le MIC (voir Vinsonneau 1). Mais la fiche est écrite dans un langage plus simple, et comme le livre de Cuche pourrait être une source du texte de Vinsonneau, je reproduis la fiche ici, en format numérique traitable (- calmansi calmansi Apr 18, 2007).

La notion de culture dans les sciences sociales


Denys CUCHE, Repères, La Découverte, 2001


Intro:

La notion de culture offre la possibilité de concevoir l’unité de l’homme dans la diversité de ses modes de vie et de
croyances.

I. Genèse sociale du mot et de l’idée de culture.

1. Evolution du mot dans la langue française du Moyen Age au 19è s.


Jusqu’au 18è s. l’évolution du contenu sémantique du mot ne suit pas le mouvement des idées mais le mouvement
naturel de la langue : culture de la terre Õ culture de l’esprit. Pour les philosophes des Lumières, il y a 1 opposition
conceptuelle entre « nature » / « culture ». Ils conçoivent la culture comme 1 caractère distinctif de l’espèce humaine.
La culture est la somme des savoirs accumulés et transmis par l’humanité, considérée comme totalité, au cours de son
histoire. Mot associé aux idées de progrès, d’évolution, d’éducation, de raison. Idée de culture participe de l’optimisme
du moment, fondé sur la confiance en le devenir perfectible de l’être humain. « culture » très proche de « civilisation ».
La civilisation : les progrès collectifs, définie comme 1 processus d’amélioration des institutions, législation, l’éducation.
Tous les peuples, même les plus sauvages ont vocation à entrer dans le même mouvement de civilisation.

2. Le débat franco-allemand sur la culture, ou l’antithèse « culture »-« civilisation » (19°s., déb. 20°s.)


Kultur au sens figuré apparaît dans langue all au 18°s., transposition exact du mot français. Succès d’audience dés 2nde moitié 18°s. du à Norbert Elias. Adoption du terme par bourgeoisie intello all. Et à l’usage qu’elle en fait dans son opposition à l’aristocratie de cour car existe distance sociale entre noblesse et bourgeoisie (ressentiment). 2 mots définissent opposition de 2 systèmes de valeurs :

- culture : tout ce qui contribue à l’enrichissement intello et spirituel

- civilisation : apparence brillante, légèreté, raffinement, cérémonial de cour.

Pour l’intelligentsia bourgeoise all., la noblesse de cour civilisée manque de culture ainsi que le petit peuple.
Donc, cette intelligentsia se sent investie de la mission de développer et faire rayonner la culture all. L’antithèse « culture »/ »civilisation » se déplace de l’opposition sociale vers l’opposition nationale. La notion all de Kultur à partir du 19°s. va tendre à la délimitation et à la consolidation des différences nationales : mot particulariste qui s’oppose à notion française universaliste de « civilisation ».

Herder : prend fait et cause, au nom du « génie national » de chaque peuple pour la diversité des cultures, richesse de l’humanité et contre l’universalisme uniformisant et appauvrissant des Lumières. Après occupation des troupes napoléoniennes, supériorité de la culture all qui est affirmée. Idée all de culture évolue au 19°s. sous l’influence du nationalisme : ++ lié au concept de « nation ». La nation culturelle précède la nation politique. Idée essentialiste et particulariste de la culture en adéquation avec la conception ethnico-raciale de la nation qui servira de fondement à constitution de Etat-nation all.

Le concept français reste marqué par idée d’unité du genre humain. Idée universaliste française de la culture en adéquation avec la conception élective de la nation. Le débat franco-all du 18°au 20° est archétype des 2 conceptions de la culture, l’une particulariste, l’autre universaliste, qui sont au fondement de 2 façons de définir le concept de culture dans les sciences sociales contemporaines.

II. L’invention du concept scientifique de culture.


Au cours 19°s. l’adoption d’une démarche positive dans la réflexion sur l’homme et la société aboutit à la création de la sociologie et de l’ethnologie comme disciplines scientifiques.

  • schéma évolutionniste : privilégie l’unité et minimise la diversité en la réduisant à une diversité « temporaire ».
  • donne toute son importance à la diversité en démontrant qu’elle n’est pas contradictoire avec l’unité fondamentale de l’humanité.

1. Tylor et la conception universaliste de la culture.


Tylor (1832-1917), anthropologue britannique.

1ère définition du concept ethnologique de culture :

« Culture et civilisation est ce tout complexe qui comprend la connaissance, les croyances, l’art, la morale, le droit, les coutumes et les autres capacités ou habitudes acquises par l’ho en tant que membre de la société ». (définition purement descriptive et objective et non normative)

La culture est l’expression de la totalité de la vie sociale de l’ho. Culture acquise (pas hérédité biologique). Tylor avait foi dans la capacité de l’ho à progresser et partageait les postulats évolutionnistes. L’unité psychique de l’humanité explique les similitudes observées dans des sociétés très différentes. Problème que Tylor essaye de résoudre : concilier dans une même explication l’évolution de la culture et son universalité. Est le 1er à aborder faits culturels avec une
visée générale et systématique, à s’attacher à étudier la culture dans tous les types de sociétés et sous tous ses aspects, matériels, symbolique et même corporels. Etude des « survivances » : remonter à l’ens. culturel originel et le reconstituer.
Adoption de la méthode comparative. Tylor entendait prouver la continuité entre la culture primitive et la culture la plus avancée (entre primitifs et civilisés). Il n’y a pas de différence de nature mais de degré d’avancement dans la voie de la culture. Tylor combat la théorie de la dégénérescence des primitifs : pour lui tous les humains sont des être de culture à part entière et la contribution de chaque peuple au progrès de la culture était digne d’estime.

2. Boas et la conception particulariste de la culture.


Boas (1858-1942), 1er anthropologue à mener les enquêtes in situ par observation directe et prolongées sur les cultures primitives. Inventeur de l’ethnographie. Pour Boas, la différence fondamentale entre les groupes humains est d’ordre culturel et non racial. Il fut un des 1er scientifiques sociaux à abandonner le concept de «race» dans l’explication des comportements humains. Réticent à l’égard des grandes synthèses spéculatives comme la théorie évolutionniste unilinéaire. Pour lui peu d’espoir de découvrir des lois universelles de fonctionnement des sociétés et des cultures humaines et encore moins les lois générales de l’évolution des cultures. Fondateur de la méthode inductive et intensive de terrain. Relativisme culturel : un principe méthodologique : échapper à toute forme d’ethnocentrisme dans l’étude
d’une culture particulière, l’aborder sans a priori sans appliquer ses propres ça pour l’interpréter. Pour Boas, chaque culture représente une totalité singulière et rechercher ce qui en fait l’unité. Principe éthique qui affirme la dignité de chaque culture et prône le respect et la tolérance à l’égard des cultures différentes.

3. L’idée de culture chez les fondateurs de l’ethnologie française.


La sociologie comme discipline scientifique naît en France donc retard dans fondation de l’ethnologie française. La « question sociale » > « question culturelle ».

a. Un constat : l’absence du concept scientifique de culture dans la recherche française à ses débuts.


19° et déb.20°s. la « culture » : ne concerne alors que domaine de l’esprit et est compris que dans un sens élitiste restreint et dans un sens individualiste. Fin 19°s. développement de l’immigration
Etat nation : politique assimilationniste.
Attendre développement d’une ethnologie de terrain dans années 1930 avec chercheurs africanistes (Michel Leiris…).

b. Durkheim et l’approche unitaire des faits de culture.


Durkheim (1958-1917) : ambition de comprendre le social dans toutes ses dimensions et sous tous ses aspects y compris dimension culturelle. Pour lui, l’humanité est une et toutes les civilisations particulières contribuent à la civilisation humaine. Démarche relativiste : la normalité est relative à chaque société et à son niveau de développement.
La préoccupation centrale de son oeuvre : déterminer la nature du lien social. Conception de la société comme totalité organique.(toutes les civilisations constituent « des systèmes complexes et solidaires).

Durkheim affirme la priorité de la société sur l’individu : holisme méthodologique. Existe dans toute société une « conscience collective » faite de représentations collectives, des idéaux, des valeurs et sentiments communs à tous les individus de cette société. Cette conscience collective précède l’individu, s’impose à lui, lui est extérieur et transcendante. C’est la conscience collective qui réalise l’unité et la cohésion d’une société. Si concept de culture absent de l’anthropologie de Durkheim, cela ne l’a pas empêché de proposer des interprétations de phénomènes souvent désignés comme « culturels » par les sciences sociales.

c. Lévy-Bruhl et l’approche différentielle.


Lévy-Bruhl (1857-1939), un des fondateurs de la discipline ethnologique en France. Il place la différence culturelle au centre de sa réflexion. Il s’interroge sur les différences de « mentalité » qui peuvent exister entre les peuples. La différence n’exclut pas la communication entre les groupes humains, possible du fait d’appartenance à une commune humanité : pas de coupure absolue entre le différentes « mentalités ». Ce qui diffère entre les groupes se sont les modes d’exo de la pensée et non les structures psychiques profondes.

III. Le triomphe du concept de culture.


1. Les raisons du succès.


Meilleur accueil et plus grand approfondissement théorique dans anthropologie nord-américain.

Les USA se représente eux-même comme un pays d’immigrants de différentes origines culturelles : un modèle d’intégration national original qui admet la formation de communautés ethniques particulières. Les sociologues de l’université de Chicago : 1er centre d’enseignement et de diffusion de la sociologie aux USA, placent au coeur de leurs analyses, la question des étrangers dans la ville. A la différence des USA, la France ne se conçoit pas comme un pays d’immigration, ce qu’elle est pourtant de façon massive et structurelle depuis 2ème moitié du 19°s.•faible développement des réflexion sur diversité culturelle : champs d’étude qui se développe dans années 1970.

L’anthropologie américaine sera souvent qualifiée (parfois avec connotation péjorative) de « culturaliste ».

2. L’héritage de Boas : l’histoire culturelle.


Recherches sur la dimension historique des phénomènes culturels. Ils empruntent aux ethnologues « diffusionnistes » all la notion « d’aire culturelle » et celle de « traits culturels » (les plus petits composants d’une culture). Idée est d’étudier la répartition spatiale d’1 ou de plusieurs traits culturels dans des cultures proches et d’analyser le processus de leur diffusion. Quand apparaît une grande convergence de traits semblables dans un espace donné, on parle « d’aire culturelle ». Aujourd’hui, critique des phénomènes de « diffusion » (résultat des contacts entre les différentes cultures et la circulation des traits culturels. Boas : concept de « modèle culturel » (cultural pattern) qui désigne l’ensemble structuré des mécanismes par lesquels une culture s’adapte à son environnement. En centrant recherches sur phénomènes de contact culturel et d’emprunt ouvre voie aux recherches sur l’acculturation et la échanges culturels.

3. Malinowski et l’analyse fonctionnaliste de la culture.


Malinowski (1884-1942) anthropologue anglais. Les excès interprétatifs de quelques diffusionniste provoquent réaction de M. Pour lui, observation directe des cultures dans leur état présent, sans chercher à remonter à leur origine. Ce qui compte, ce n’est pas que tel ou tel trait soit présent ici ou là, c’est qu’il remplisse dans la totalité d’une culture donnée, telle fonction précise. Contre l’évolutionnisme tourné vers le futur, contre le diffusionnisme tourné vers le passé, le fonctionnalisme centré sur le présent. Chaque culture constituant un tout cohérent, tous les éléments d’un système culturel s’harmonisent les uns aux autres, ce qui rend tout système équilibré et fonctionnel et ce qui explique que toute culture à tendance à se conserver identique à elle-même. Malinowski sous estime les tendances aux changements internes propres à chaque culture. Pour lui, le changement culturel vient essentiellement de l’ext., par contact ext.

Théorie controversée des « besoins » : les éléments constitutifs d’une culture auraient pour fonction de satisfaire les besoins essentiels de l’ho. La culture répond à ces besoins en créant des « institutions ». L’objet de l’anthropologie est l’étude non de faits culturels arbitrairement isolés mais des institutions (économie, politique juridique, éducative…)

Limites du fonctionnalisme : peu apte à penser les contradictions culturelles internes, les dysfonctionnements. Ne se satisfaisant pas de l’observation directe « sur le terrain » systématise l’usage de méthode ethnographique dite « observation participante ».

4. L’école «culture et personnalité».


Un certain nombre d’anthropologue s’attache à comprendre comment les êtres humains incorporent et vivent leur culture. Elucider comment leur culture est présente en eux, comment elle les fait agir. L’hypothèse : chaque culture détermine 1 certain style. La culture est toujours envisagée comme totalité et l’attention centrée sur les discontinuités entre les différentes cultures mais mode d’explication change. Souci d’une prise en compte des acquis de la psychologie scientifique et de la psychanalyse.

a. Ruth Benedict et les «types culturels».


(1187-1948) élève puis assistante de Boas. OEuvre : les différentes cultures définies par 1 certain « type » ou style se situent sur 1 « arc culturel ». Elles sont donc en nombre limité suivant cet arc et peuvent être classées. Spécificité de chaque culture mais variété des cultures réductible à 1 certain nombre de types caractérisés.
Benedict célèbre pour usage systématique du concept de pattern of culture (idée déjà chez Boas et Sapir). Chaque culture se caractérise par son pattern i.e. par 1 certaine configuration, 1 certain style, 1 certain modèle. Terme qui implique idée d’une totalité homogène et cohérente. Culture poursuit des but à l’insu des individus mais à travers eux grâce aux institutions (éducatives etc.) qui vont façonner tous leurs comportements en conformité avec les valeurs dominantes qui lui sont propres. 1 culture n’est pas 1 simple juxtaposition des traits culturels mais 1 manière cohérente de les combiner tous. Chaque culture offre aux individus 1 « schéma » inconscient pour toutes les activités de la vie. Etude de 2 modèles culturels : « type appolonien » et « type dionysiaque » : 2 extrêmes de « l’arc culturel » et entre existent types intermédiaires.

b. Margaret Mead (1901-1978) et la transmission culturelle.


Oriente recherches vers la façon dont 1 individu reçoit sa culture et les conséquences que cela entraîne sur la formation de la personnalité. Processus de transmission culturelle et de socialisation de la personnalité au centre de ses enquêtes.
Analyse de différents modèles d’éducation. Recherche menée en Océanie dans 3 sociétés. Elle montre que les prétendues personnalités masculine et féminine que l’on pense universelle, parce qu’on les croit d’ordre biologique, n’existent pas, telles qu’on les imagine, dans toutes les sociétés. La personnalité individuelle ne s’explique pas par des caractères biologiques mais par le « modèle culturel particulier à 1 société donnée qui détermine l’éducation de l’enfant.
Dès 1er instants de la vie, l’individu est imprégné de ce modèle, par tout 1 système de stimulations et d’interdits formulés explicitement ou non, qui l’amène 1 fois adulte, à se conformer de façon inconsciente aux principes fondamentaux de la culture : « enculturation ».

c. Linton, Kardiner et la «personnalité de base».


L’anthropologue ne retient de l’individu que ce qui dans sa psychologie est commun à tous les membre d’un même groupe. Linton (1893-1953) appelle cet aspect commun de la personnalité : la « personnalité de base », elle est déterminée directement par la culture à laquelle appartient 1 individu. Il n’ignore pas la variété des psychologies individuelles mais ce qui varie d’1 culture à 1 autre, c’est la prédominance de tel ou tel type de personnalité. Il cherche à démontrer (enquêtes de terrain aux îles Marquises et à Madagascar) que chaque culture privilégie parmi tous les types possibles 1 type de personnalité, qui devient le type « normal »(socialement reconnu comme normal) : c’est la « personnalité de base » i.e. le « fondement culturel de la personnalité ». Chaque individu l’acquiert par le biais du système d’éducation propre à sa société.

Kardiner (1891-1981) étudiera comment se forme la personnalité de base chez l’individu, à travers les « institutions primaires »(famille, système éducatif) et comment en retour cette personnalité de base réagit sur la culture du groupe en produisant des « institutions secondaires » (systèmes de valeurs et de croyances) qui compensent les frustrations suscitées par les institutions primaires et qui amènent la culture à évoluer. Linton admet que dans 1 même culture peuvent coexister plusieurs types « normaux » de personnalité, car dans les cultures plusieurs systèmes de valeurs coexistent.
Aucun individu ne peut synthétiser en lui l’ensemble de sa culture d’appartenance. Chaque individu ne connaît de sa culture que ce qui lui est nécessaire pour se conformer à ses divers statuts (de sexe, d’âge…) : « personnalités statutaires ». L’individu n’est pas le dépositaire passif de sa culture. Chaque individu a sa propre façon d’intérioriser et de vivre sa culture

5. Les leçons d’anthropologie culturelle.


La culture est 1 abstraction. Ce sont des individus qui créent la culture, qui la transmettent, qui la transforment. Les culturalistes ne croient pas à la stabilité des cultures et sont attentifs aux évolutions culturelles. La somme et l’interaction de toutes les réinterprétations individuelles font évoluer la culture. Il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer qu’il existe d’autres façons de vivre et de penser et qu‘elles ne sont pas la manifestation d’1 archaïsme quelconque. Mise en évidence de la relative cohérence de tous les systèmes culturels : chacun est 1 expression particulière d’une humanité unique.
Mise en lumière de l’importance de l’éducation dans les processus de différenciation culturelle. La culture n’apparaît plus comme 1 simple assemblage de traits dispersés, mais comme 1 ensemble organisé d’éléments interdépendants.

6. Lévi-Strauss et l’analyse structurale de la culture.


Lévi-Strauss emprunte 4 ID [idées] à Ruth Bénédict :
  • les différentes cultures sont définies par un certain modèle (pattern).
  • Les types de cultures possibles existent en nombre limité.
  • L’étude des sociétés « primitives » est la meilleure méthode pour déterminer les combinaisons possibles entre les éléments culturels.
  • Ces combinaisons peuvent être étudiées en elles-mêmes, indépendamment des individus appartenant au groupe pour qui elles demeurent inconscientes.

Lévi-Strauss , par-delà l’étude des variations culturelles, entend analyser l’invariabilité de la Culture. Les cultures particulières ne peuvent être comprises sans référence à la Culture, « ce capital commun » de l’humanité dans lequel elles puisent pour élaborer leurs modèles spécifiques. Repérer et répertorier les « invariants » : matériaux culturels toujours identiques d’1 culture à une 1. Trouver des règles universelles qui sont autant de principes indispensables de la vie en société. Il est dans la nature de l’ho de vivre en société ,mais l’organisation de la vie en société relève de la Culture et implique l’élaboration de règles sociales (ex : prohibition de l’inceste).

7. Culturalisme et sociologie : les notions de «sous-culture» et de «socialisation».


Notion de culture utilisée par sociologues américains selon définitions données par les anthropologues. Les sociologues de « l’école de Chicago » étaient très sensible à la dimension culturelle des rapports sociaux, recherches sur les relations interethniques. Aux USA, se multiplient les études de « communautés urbaines ». L’hypothèse : la communauté forme 1 microcosme représentatif de la société tout entière à laquelle elle appartient, qui permet d’appréhender la totalité de la culture de cette société. Mais par la suite, les sociologue s’attachèrent davantage à étudier la diversité culturelle américaine qu’à rechercher les preuves de l’unité de la culture des USA. La société américaine étant socialement diversifiée, chaque groupe social participe d’une sous-culture particulière : selon les classes sociales mais aussi selon les groupes ethnique. Dans les sociétés complexes, les différents groupes peuvent avoir des modes de penser et d’agir caractéristiques, tout en partageant la culture globale de la société. Les phénomènes de « contre-culture » : 1 forme de manipulation de la culture globale de référence à laquelle elles prétendent s’opposer. Loin d’affaiblir le système culturel, ils contribuent à le renouveler et à développer sa dynamique propre. Un mouvement de « contre-culture » ne produit pas 1 culture alternative à la culture qu’il dénonce.

La notion de « socialisation » : processus d’intégration d’1 individu à 1 société donnée ou à 1 groupe particulier par l’intériorisation des modes de penser, de sentir et d’agir, autrement dit des modèles culturels propres à cette société ou à ce groupe. Question fondamentale en sociologie : comment l’individu devient-il membre de sa société et comment est produite son identification à celle-ci ?

Durkheim : par l’éducation, chaque société transmet aux individus qui la composent l’ensemble des normes sociales et culturelles qui assurent la solidarité entre tous les membres de cette même société et qu’ils sont plus ou moins contraints de faire leurs.

Parsons : dans le processus de socialisation, la famille, 1er agent socialisateur, joue 1 rôle prépondérant ainsi que l’école et le groupe des pairs.

Ces conceptions de la socialisation postulent la primauté de la société sur l’individu. La socialisation résulte d’1 contrainte qu’exerce la société sur l’individu. D’autres sociologues mettent l’accent sur la relative autonomie de l’individu qui n’est pas déterminé 1 fois pour toutes par la socialisation vécue au cours de son enfance. Dans les sociétés contemporaines, les modèles culturels évoluent constamment et amènent les individus à réviser le modèle intériorisé dans l’enfance. Berger et Luckmann : « socialisation primaire » et « socialisation secondaire » (celle à laquelle l’individu est exposé toute sa vie adulte).

Notion de « socialisation anticipatrice » : processus par lequel un individu s’approprie et intériorise par avance les normes et les valeurs d’un groupe de référence auquel il n’appartient pas encore et souhaite s’intégrer.

8. L’approche interactionniste de la culture.


Sapir : 1er à considérer culture comme un système de communication interindividuelle. L’école de Palo Alto (Bateson) « anthropologie de la communication » : analyse les processus d’interaction qui produisent des systèmes culturels d’échange.

IV. L’étude des relations entre les cultures et le renouvellement du concept de culture.


Les diffusionnistes se sont intéressés aux phénomènes des emprunts et de la répartition des « traits » culturels à partir d’un « foyer » culturel supposé. Mais travaux sur le résultat de la diffusion culturelle ne décrivaient que l’état terminal d’un échange conçu à sens unique.

1. La «superstition du primitif».


L’orientation originelle de l’ethnologie est tournée vers les cultures dites « primitives » : cause principale du retard des recherches sur l’entrecroisement des cultures. Postulat que les cultures les plus archaïque fournissent les formes élémentaires de la vie sociale et culturelle qui ne pouvaient que devenir plus complexes au fur et à mesure que la société se développe.

Herskovits : inventeur du concept d’acculturation, que faits d’acculturation sont aussi dignes d’intérêt scientifique que les faits culturels supposés « purs ».

Durkheim : changement social et culturel produit par l’évolution interne de la société, sans interpénétration entre 2 systèmes sociaux et culturels très différents.

2. L’invention du concept d’acculturation.


Substantif « acculturation » crée dés 1880 par Powell, anthropologue américain qui nommait ainsi la transfo des modes de vie et de pensée des immigrants au contact de la société américaine.

a. Le Mémorandum pour l ‘étude de l’acculturation. (1936 Redfield, Linton, Herskovits)


Déf : « L’acculturation est l’ensemble des phénomènes qui résultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de culture différentes et qui entraînent des changements dans les modèles culturels initiaux de l’un ou des 2 groupes. »

Distinction : acculturation/changement culturel/assimilation (phase ultime de l’acculturation).

Assimilation : implique la disparition totale de culture d’origine et intériorisation complète de la culture du groupe dominant.

Typologie des contacts culturels :
  • contacts entre des groupes entiers, entre population entières et des groupes particuliers d’une autre population (colons, immigrants…)
  • contacts amicaux/hostiles.
  • Contacts entre groupes de tailles égales ou différentes.
  • Contacts entre groupes de culture de même niveau de complexité ou non.
  • Contacts résultent de la colonisation ou de l’immigration.

Analyse des situations de domination, subordination, modes de « sélection » des éléments empruntés, de « résistance » à l’emprunt, modes d’intégration des éléments dans le modèles culturel d’origine, mécanismes psycho, principaux effets de l’acculturation y compris réactions négatives (contre acculturation). Ce qui doit être analysé c’est 1 phénomène dynamique, 1 processus en train de se produire et pas résultats du contact culturel qui ne sont jamais définitifs.

b. L’approfondissement théorique.


L’acculturation n’est pas une pure et simple conversation à 1 autre culture. La transfo de la culture initiale s’effectue par « sélection » d’éléments culturels empruntés et cette sélection se fait d’elle-même selon la tendance profonde de la culture preneuse. Herskovits : concept de « réinterprétation ». L’effort de théorisation de l’anthropologie américaine a permis d’établir que changements culturels liés à acculturation ne se font pas au hasard. Les éléments non symbolique (technique, matériels) d’1 culture sont plus aisément transférables que éléments symboliques (religieux, idéaux…).

3. Théorie de l’acculturation et culturalisme.


Les anthropologues ont eu raison d’insister sur le fait que ce sont des individus qui entrent en contact les uns avec les autres et non des cultures. Ces individus appartiennent à des groupes sociaux, groupes d’âge, de sexe, de statut. On ne peut pas comprendre leur implication dans le processus d’acculturation en se référant uniquement à leur psychologie individuelle. Il faut tenir compte aussi des contraintes sociales qui pèsent sur eux.

4. Roger Bastide et les cadres sociaux de l’acculturation.


Chercheur afro-américaniste.

a. La mise en rapport du social et du culturel.


Bastide part de l’ID que le culturel ne peut pas s’étudier indépendamment du social. Tout changement culturel produit des effets secondaires non prévus, effets qui, même s’ils ne sont pas simultanés, ne pourront pas être évités. Les faits d’acculturation forment un « phénomène social total ». Ils touchent tous les niveaux de la réalité sociale et culturelle.

b. Une typologie des situations de contacts culturels.


Bastide intègre dans la typologie qu’il a établie, intègre les cadres sociaux dans lesquels s’effectue l’acculturation.
On découvre vite qu’il n’y a pas à proprement parler de culture uniquement « donneuse » ni de culture seulement « receveuse ». Bastide propose donc plutôt les termes « d’interpénétration ou « d’entrecroisement » des cultures.

Typologie : 1er critère :
  • acculturation « spontanée », « naturelle », « libre ». changement est du au simple jeu de contact.
  • Acculturation organisée, mais forcée, au bénéfice d’un seul groupe(esclavage, colonisation…). Volonté de modifier à court terme la culture du groupe dominé pour le soumettre aux intérêts du groupe dominant. Fréquemment déculturation sans acculturation.
  • Acculturation planifiée, contrôlée, contrôlée, qui se veut systématique et vise le long terme.

Le 2ème critère est la relative homogénéité ou hétérogénéité des cultures en présence.

Le 3ème critère : la relative ouverture et fermeture des sociétés en contact.

c. Un essai d’explication des phénomènes d’acculturation.


Bastide essaye d’expliquer les différents facteurs qui peuvent jouer dans le processus d’acculturation :

  • le facteur démographique.
  • Le facteur écologique : où a lieu le contact ?
  • Le facteur ethnique ou « racial » : a-t-on affaire à des relations de domination/subordination ?

5. Le renouvellement du concept de culture


On ne part plus de la culture pour comprendre l’acculturation mais de l’acculturation pour comprendre la culture.
Le processus d’acculturation est un phénomène universel, même s’il connaît des formes et des degrés très divers. Le processus que connaît chaque culture en situation de contact culturel est en réalité le principe même d’évolution de n’importe quel système culturel.

La déculturation n’est pas forcément un phénomène négatif. La plupart du temps, la déstructuration n’est que la 1ère phase d’1 recomposition culturelle. « contre-acculturation » : la déculturation est suffisamment profonde pour interdire toute recréation pure et simple de la culture originelle (mouvements messianiques, fondamentalistes, tentatives de « retour aux sources »

La culture est dorénavant comprise comme un ensemble dynamique, + ou – cohérent et + – homogène. Toutes les cultures, par le fait universel des contacts culturels, sont à des degrés divers des cultures « mixtes ».

V. Hiérarchies sociales et hiérarchies culturelles.


Les cultures n’existent pas indépendamment des rapports sociaux, qui sont toujours des rapports inégalitaires.

1. Culture dominante et culture dominée.


Dans un espace social donné, il existe toujours 1 hiérarchie culturelle. Parler de culture « dominante » ou « dominée » c’est recourir à des métaphores, dans la réalité, ce qui existe, ce sont des groupes sociaux, qui sont dans des rapports de domination et de subordination les uns par rapport aux autres. Une culture dominée n’est pas forcément une culture aliénée, totalement dépendante. La domination culturelle n’est jamais totalement ni définitivement assurée, et c’est pourquoi elle doit toujours s’accompagner d’un travail d’inculcation dont les effets ne sont jamais univoques ; ils sont parfois des « effets pervers », contraires aux attentes des dominants, car subir la domination ne signifie pas nécessairement y consentir.

2. Les cultures populaires.


2 thèses unilatérales opposées sont à éviter :
  • les cultures populaires : dérivés de la culture dominante qui seule pourrait être reconnue comme légitime (culture de référence).
  • Cultures populaires : cultures considérées comme égales, voire supérieures, à la culture des élites. Cultures authentiques

Réalité plus complexe : les cultures populaires sont par définition des cultures de groupes subalternes. Elles se construisent dans une situation de domination. En ce sens, elles sont des cultures de contestation. Mais selon Grignon et Passeron, les cultures populaires ne sont pas mobilisées en permanence dans une attitude de défense militante. Plutôt considérer la culture populaire comme un ensemble de « manières de faire avec » cette domination.

Certeau : Culture « ordinaire » des gens « ordinaires » : qui se fabrique au quotidien, dans les activités à la fois banales et chaque fois renouvelées. Une telle analyse a le mérite de montrer que si une culture populaire est contrainte de fonctionner au moins en partie comme culture dominée, au sens que les individus dominés doivent toujours « faire avec » ce que les dominants leur imposent ou leur refusent, cela ne l’empêche pas d’être une culture à part entière fondée sur des valeurs et des pratiques originales qui donnent sens à l’existence.

3. La notion de «culture de masse».


Edgar Morin (1962) met l’accent sur le mode de production de cette culture, qui obéit aux schémas de la production industrielle de masse. Le développement des moyens de communications de masse va de pair avec l’intro de + en + déterminante des critères de rendement et de rentabilité dans tout ce qui concerne la production culturelle. Analyses concluent à nivellement culturel entre les groupes sociaux sous l’effet de l’uniformisation culturelle qui serait elle-même la conséquence de la généralisation des moyens de communication de masse. Mais qu’il y ait une certaine uniformisation du message médiatique, cela est évident, mais cela n’autorise pas à en déduire pour autant l’uniformisation de la réception du message.

4. Les cultures de classe


Etudes ont fait apparaître que les systèmes de valeurs, les modèles de comportement et les principes d’éducation varient sensiblement d’une classe à l’autre.

a. Max Weber (1864-1920) et l’émergence de la classe des entrepreneurs capitalistes.


1er essais de mise en rapport des faits culturel et des classes sociales. Dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905) démontre que les comportements économiques de la classe des entrepreneurs capitalistes compréhensibles que si tient compte de leur conception du monde et de leur système de valeurs. Weber ne prétend pas d’étudier l’origine du capitalisme mais la formation de la culture (« l’esprit ») d’une nouvelle classe d’entrepreneurs. Individus culturellement marqués par le protestantisme qui forment initialement la classe des nouveaux entrepreneurs. L’ethos protestant permet de comprendre la logique commune des comportements qui pourraient paraître contradictoires : le désir du capitaliste d’accumuler des richesses et son refus d’en jouir. Par « un long, un persévérant processus d’éducation » l’ethos capitaliste gagne progressivement d’autres groupes sociaux, jusqu’à s’étendre à l’ensemble de la société. Le projet de Weber n’était
pas d’expliquer le capitalisme par le protestantisme mais seulement comprendre une certaine « affinité élective » entre l’éthique puritaine et l’esprit du capitalisme.

b. La culture ouvrière.


Maurice Halbwachs, La Classe ouvrière et les niveaux de vie (1913) : les besoins des individus, qui orientent leurs pratiques culturelles, sont déterminés par les rapports de production.

Hoggart : sentiment d’appartenance à une communauté de vie et de destin entraîne une bipartition fondamentale du monde social entre « eux » et « nous ». Il n’existe presque plus aujourd’hui de communautés ouvrières au sens strict. « Privatisation » des modes de vie ouvrière s’est accentuée, avec un repli manifeste sur l’espace familial. L’espace privé ouvrier est lui-même organisé selon des normes spécifiques.

c. La culture bourgeoise.


Les recherches sur la culture bourgeoise sont plus récentes car la bourgeoisie produit de nombreuses représentations d’elle-même et conserve la maîtrise de sa propre représentation. Une des caractéristiques des bourgeois est de ne pas se reconnaître comme tels, de refuser d’être qualifiés par ce terme.

Le Wita : éléments pour rendre compte de la culture bourgeoise :

  • l’attention portée aux détails et en particulier détail vestimentaire
  • le contrôle de soi
  • la ritualisation des pratiques de la vie quotidienne (les manières de table).
  • L’entretien et l’usage constants d’une mémoire généalogique familiale.
  • Fonction primordiale de socialisation des institutions privées (catholiques).

5. Bourdieu et la notion «d’habitus».


Mot « culture » pris généralement dans 1 sens + étroit renvoyant aux « oeuvres culturelles », i.e. aux productions symboliques socialement valorisées qui relèvent du domaine des arts et des lettres. Il s’est attaché à élucider les mécanismes sociaux qui sont à l’origine de la création artistique et ceux qui expliquent les différents modes de consommation de la culture selon les groupes sociaux. Pour traiter de la culture au sens anthropologique, recourt à concept « d’habitus ».

Dispositions acquises par toutes une série de conditionnements propres à des modes de vie particuliers. L’habitus est ce qui caractérise une classe ou un groupe social par rapport aux autres. Profondément intériorisé, n’implique pas la conscience des individus pour être efficace.
L’habitus est ce qui permet aux individus de s’orienter dans l’espace social qui est le leur et d’adopter des pratiques qui sont en accord avec leur appartenance sociale. Les dispositions durables qui caractérisent l’habitus sont aussi des dispositions corporelles (« l’hexis corporelle » : rapport au corps qui confère un style particulier à chaque groupe).

VI. Culture et identité.


Aujourd’hui, interrogations sur identité renvoie fréquemment à question de culture. La question de l’identité culturelle renvoie à la question + large de l’identité sociale, dont elle est 1 des composantes. L’identité sociale d’1 individu se caractérise par l’ensemble de ses appartenances dans le système social (classe sexuelle, d’âge, sociale, à 1 nation).
L’identité identifie le groupe (ses membres) et le distingue des autres groupes. L’identité culturelle apparaît comme 1 modalité de catégorisation de la distinction nous/eux, fondée sur la différence culturelle.

1. Les conceptions objectivistes et subjectivistes de l’identité culturelle.


  • Conception objectiviste de l’identité culturelle : décrire l’identité à partir d’1 certains nombre de critères considérés comme « objectifs » (l’origine commune : hérédité, généalogie, la langue, la religion…) L’identité préexisterait à l’individu qui ne pourrait qu’y adhérer sous peine d’être 1 marginal.
  • Conception subjectiviste du phénomène identitaire : l’identité ethno-culturelle n’est rien d’autre qu’1 sentiment d’appartenance ou 1 identification à 1 collectivité + ou – imaginaire.

2. La conception relationnelle et situationnelle.


La construction de l’identité se fait à l’intérieur de cadres sociaux qui déterminent la position des agents et par-là même orientent leurs représentations et leurs choix. L’identité est 1 construit qui s’élabore dans 1 relation qui oppose 1 groupe aux autres groupes avec lesquels il est en contact.

Fredrik Barth : conception de l’identité comme manifestation relationnelle, importe pas d’inventorier l’ensemble des traits culturels distinctifs mais de repérer ceux qui sont utilisés par les membres du groupe pour affirmer une distinction culturelle. Une culture particulière ne produit pas par elle-même une identité différenciée. Considérer que l’identité se construit et se reconstruit constamment au sein des échanges sociaux. L’identité est l’enjeu de luttes sociales. Bourdieu (« L’identité et la représentation ») : seuls ceux qui disposent de l’autorité légitime, i.e. de l’autorité que confère le pouvoir, peuvent imposer leurs propres définitions d’eux-mêmes et des autres.

3. L’identité, une affaire d’Etat.


Avec l’édification des Etats-nations modernes : une affaire d’Etat. L’Etat moderne tend à la mono-identification, soit qu’il ne reconnaisse qu’1 identité culturelle pour définir l’identité nationale, soit que, tout en admettant 1 certain pluralisme culturel au sein de la nation, il définisse 1 identité de référence, la seule vraiment légitime (USA). L’Etat-nation moderne se montre infiniment + rigide dans la conception et son contrôle de l’identité (carte nationale) que ne l’étaient les sociétés traditionnelles. La montée des revendications identitaires qu’on peut observer dans beaucoup d’Etats contemporains est la conséquence de la centralisation et de la bureaucratisation du pouvoir. Le sentiment d’1 injustice collectivement subie entraîne chez les membres d’1 groupe victime d’1 discrimination 1 sentiment fort d’appartenance à la collectivité.

4. L’identité multidimensionnelle.


Vouloir réduire chaque identité culturelle à 1 définition simple, « pure », c’est ne pas tenir compte de l’hétérogénéité de tout groupe social. Vouloir considérer l’identité comme monolithique empêche de comprendre les phénomènes d’identité mixte qui sont fréquents dans toute société (prétendue « double identité » des jeunes issus de l’immigration).
Comme chacun le fait à partir de ses diverses appartenances sociales, l’individu qui participe de plusieurs cultures fabrique, à partir de ces différents matériaux, son identité personnelle unique en opérant 1 synthèse originale (identité syncrétique et non double).

5. Les stratégies identitaires.


L’identité connaît des variations, se prête à des reformulations , voire manipulation. « Stratégie identitaire » : pour souligner dimension changeante de l’identité qui ne constitue jamais une solution définitive. L’individu, comme acteur social, n’est pas dépourvue d’1 certaine marge de manoeuvre. En fonction de son appréciation de la situation, il utilise de façon stratégique ses ressources identitaires. Cependant, acteurs sociaux ne sont pas parfaitement libres de définir leur identité selon leurs intérêts matériels et symbolique du moment. Les stratégies tiennent compte de la situation sociale, du rapport de force entre les groupes, des manoeuvres des autres.

6. Les «frontières» de l’identité.


Toute identification est en même temps différenciation.
Barth : processus d’identification, volonté de marquer le limite entre « eux » et « nous », établir une « frontière » : un compromis entre celle que le groupe prétend se donner et celle que les autres veulent lui assigner. Frontière sociale, symbolique. Ce qui sépare 2 groupes ethno-culturels, ce n’est pas la différence culturelle, c’est la volonté de se différencier. Participer de telle culture particulière n’implique pas automatiquement avoir telle identité particulière.
Echapper à confusion entre « culture »/ « identité ». L’ethnicité, qui est le produit du procès d’identification peut être définie comme l’organisation sociale de la différence culturelle.

VII. Enjeux et usages sociaux de la notion de culture.


La culture se fragmente, en miettes (culture hip hop, culture footbalistique…). Or, ces pratiques et ce qu’elles impliquent
ne peuvent pas être assimilés à ces systèmes globaux d’interprétation du monde et de structuration des comportements
correspondant à définition anthropologique. L’usage intempestif de la notion de culture entraîne un brouillage
conceptuel.

1. La notion de «culture politique».


Notion élaborée dans le contexte de l’accession à l’indépendance des pays colonisés. La formation de nouveaux Etats dans le 1/3 monde a révélé que l’importation d’institutions démocratique ne suffisait pas à assurer le fonctionnement de la démocratie. Le sociologue s’interroge sur les fondements culturels de la démocratie. Tout système politique apparaît lié à 1 système de valeurs et de représentations. Les nations contemporaines connaissent toutes 1 pluralité de modèles de valeurs qui orientent les attitudes et les comportement politiques (modèles culturels au fondement des oppositions droite/gauche ).

2. La notion de «culture d’entreprise».


a. «Culture d’entreprise» et management.


La notion n’est pas 1 création des sciences sociales. Aux USA dans 70’s : accent sur importance du facteur humain dans la production. Dans 80’s , s’agit pour équipe de direction de réhabiliter l’entreprise (crise) à travers 1 discours humaniste, afin d’obtenir des salariés des comportement loyaux et efficaces. Manipulation idéologique du concept ethnologique de culture, destinée à légitimer l’organisation du travail au sein de chaque entreprise.

b. L’approche sociologique de la culture d’entreprise.


Question de la culture dans l’entreprise. Univers culturel hétérogène. L’importance de ces cultures dans l’organisation des comportements des salariés dans l’entreprise.

Sainsaulieu : selon les catégories socio-professionnelles, on peut définir différents schémas de comportement dans l’entreprise. Au sein d’1 entreprise différentes cultures coexistent et s’entrecroisent. Identifie microcultures qui sont « inventées » par le personnel montrent que la culture d’entreprise n’est pas 1 donné préalable que les travailleurs n’auraient plus qu’à adopter. Si la notion de « culture d’entreprise » peut avoir une pertinence sociologique ce n’est pas pour désigner un système culturel d’où seraient exclus toute contradiction et tout conflit.

3. «Cultures des immigrés » et « cultures d’origine».


Interrogations sur les conditions d’intégration et sur les conséquences des différences culturelles. Notion de « culture d’origine » contestable : culture pas 1 bagage qu’on peut transporter avec soi. Ce qui se déplace, ce sont des individus qui du fait même de leur migration, sont amenés à s’adapter et à évoluer. Et des contacts entre individus de cultures différentes vont émaner de nouvelles élaborations culturelles. Recourir à propos des immigrés à la notion de culture d’origine revient en général non seulement à sous-estimer le changement culturel que produit la migration chez les expatriés, mais aussi à occulter le changement culturel que connaît la société d’origine. Différents types d’émigration (familiale, communautaires, individualiste) vont de pair avec différents types de rapport à la culture d’origine et aussi à la culture du pays d’accueil. Pour analyser les transformations que connaissent les cultures des immigrés, il faut tenir compte des caractéristiques du cadre national dans lequel se produisent les échanges culturels. Les modèles d’intégration nationale propres à chaque Etat influent considérablement sur le devenir social et culturel des immigrés (France : « centralisme culturel », assimilation des étrangers). Les cultures des migrants sont des cultures « mixtes » produites par 1 métissage culturel.

Conclusion :


3 conceptions différentes du relativisme culturel :

  • théorie selon laquelle les différentes cultures forment des entités séparées, aux limites aisément identifiables, des entités clairement distinctes les une des autres, incomparables et incommensurables entre elles.
  • Un principe éthique qui préconise le neutralité à l’égard des différentes cultures. Affirmer la valeur intrinsèque de chaque culture.
  • Le relativisme éthique correspond parfois à l’attitude revendicatrice des défenseurs des cultures minoritaires qui, contestant les hiérarchies de fait, défendent l’égale valeur de ces dernières par rapport à la culture dominante.

L’exaltation de la différence aboutit même à la justification des régimes ségrégationnistes, le droit à la différence perverti en assignation à la différence.

Fiche réalisée par Manon Cheminat, IUFM de Paris, SES